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  le blog pcf-nimes

Front de Gauche Nîmes

90ème anniversaire du PCF : Persévérer avec lucidité (par Claude Mazauric)

90ème anniversaire du Pcf

          

PERSÉVÉRER AVEC LUCIDITÉ (par Claude Mazauric, adhérent du Pcf depuis 1952)

 

Commémorer le 90ème anniversaire du Pcf et évoquer son histoire depuis 1920, exigent

 

- beaucoup de gravité parce que l’histoire quand on l’évoque exige précision et circonspection et le souci de prendre en considération tout ce qui peut se rappoter à l’éclairage de l’objet ;

 

 -mais aussi un regard distancié parce que les témoins vivants de l’origine du PCF et de la majeure parttie de son histoire ont disparu et que la distanciation est devenue la condition de la lucidité et de l’intelligence.

 

Il faut d’abord rappeler, contre l’immortelle bêtise de la thèse d’Annie Kriegel, que le Pcf n’est pas la « prise » inattendue d’un « greffon étranger » sur le « corps sain du socialisme français d’avant 1914 », mais que sa naissance en 1920 est le produit d’une histoire complexe et d’une décision réfléchie de la majorité des délégués au Congrès fondateur de Tours.

 

Deux grandes tendances de temporalité ont interféré dans ce qui va donner naissance au Pcf  en décembre 1920 à Tours: un moment conjoncturel dominé par le court terme de la guerre de 1914 et de ses effets immédiats, une inclination de longue durée, propre au mouvement ouvrier et populaire français :

 

Ce sont d’abord deux grands épisodes de crise historique majeure qui ont conduit à cette décision.

 

Ce furent, d’une part, la Grande guerre avec ses terribles effets meurtriers et mortifères (mutilés, gazés, gueules cassées, traumatisés de toute sorte) et cinq années de surexploitation des travailleurs et des femmes du peuple qu’on a mises au travail dans les usines et les champs en en profitant pour baisser les salaires qu’on dispensait aux hommes ; d’autre part, à l’est de l’Europe, la victoire de la révolution russe, commencée comme un refus de la guerre dès 1915/1916, poursuivie par l’abolition du tsarisme en février 1917 puis achevée par une révolution sociale à partir d’octobre /novembre 1917 : ce sont ces deux éléments qui ont façonné la conscience politique des militants socialistes et syndicalistes révolutionnaires qui, réunis à Tours, ont souverainement décidé à la majorité des deux tiers de fonder une « Section française de l’Internationale communiste ». Ici : évoquer le rôle singulier de Marcel Cachin.

 

Mais, si la visée et l’appellation « communiste » l’ont si facilement emporté à Tours, alors que dans la plupart des pays d’Europe (sauf l’Allemagne dans le contexte de sa défaite mal acceptée) les anciens partis ouvriers ont refusé cette appellation avec ce que cela impliquait, alors même - ajoutons cela -que le mot n’était guère en usage avant 1914 dans le vocabulaire politique socialiste (sauf d’un point de vue doctrinal), c’est que le terrain en était préparé en longue durée par l’imprégnation de classe qui animait le mouvement ouvrier français, en particulier depuis la Commune de Paris (1871)…  Mais aussi parce que le « communisme » avait tellement pénétré dans la conscience républicaine et populaire française depuis la Révolution française, que Marx et Engels en avaient trouvé, à Paris et en France, l’expression politique majeure quand ils rédigèrent le fameux Manifeste du Parti communiste de 1848.

 

Ici développement sur le « Banquet communiste du 1er juillet 1840 à Belleville…

 

Le « communisme » dont la présence conceptuelle était avérée dans le langage ouvrier et doctrinal avant 1920, soit comme complément ultime de la transformation socialiste des rapports sociaux, soit comme critique implicite des limites du socialisme lui-même, est donc devenu aisément consubstantiel à l’histoire contemporaine de la France : c’est un fait.

 

Le conditionnement, à la fois structurel et conjoncturel, de ses origines a orienté l’action principielle du Pcf depuis ses débuts :

 

1-…Dans la permanence d’une part de ses référents, aussi bien dans les changements d’orientation, quelquefois à cent-quatre-vingt degrés comme celui qui s’est imposé avec le choix du Front populaire en 1934/36 au regard des positions « classe contre classe » qui avaient dominé avant 1934, que dans l’appréciation de la valeur progressiste de la Révolution française qu’on réduisait jusqu’alors à n’être que la « révolution bourgeoise » marquée par l’échec du mouvement ouvrier embryonnaire dont les « Enragés » constituaient l’annonce.

 

2-…Dans de mouvement de sa stratégie politique donc, comme par exemple encore avec la constitution du F…N…. en 1941 puis dans le ralliement au Gouv. Provisoire de de Gaulle après la fondation du CNR à l’initiative de Jean Moulin, mais aussi dans sa manière d’être et de s’exprimer, dans les modifications radicales, voire critiques, qui se sont introduites dans son organisation, son discours, ses apparences (le drapeau tricolore à côté du drapeau rouge) etc., dans sa raison d’être affichée, de 1920 jusqu’à nos jours,

 

Mais toutes ces transformations n’ont jamais conduit à l’anéantissement des trois principes qui ont présidé à sa fondation. 

 

Retenons d’abord celui-ci : la référence de classe. C’est l’orientation de classe qui a inspiré toutes les batailles pour le rassemblement populaire dans la lutte, notamment entre 1934 et 1938 (Front populaire), pendant la Résistance quand le Pcf fut le premier comme parti à s’engager dans l’action clandestine de guerre à l’intérieur même du territoire français (CNR), aux lendemains de la Libération et encore aujourd’hui face à la politique de la droite sarkozienne. Impliquant le refus de toute collaboration, notamment idéologique, avec les forces du capital, cette orientation n’a jamais exclu la reconnaissance transitoire de ces compromis de fait où germent les luttes à venir, où prend racines une nouvelle perspective d’action.

 

Voyons ensuite la question internationaliste . Au devoir internationaliste, le Pcf n’a jamais manqué : cela, presque jusqu’à l’épuisement, en particulier, dans son soutien passionnel, hélas  longtemps aveugle, à tout ce qui parut être le produit de l’Octobre russe de 1917 et des révolutions, dites « socialistes », du XXe siècle, consécutives à la défaite de l’hitlérisme et du Japon, en 1945. Et, à la différence des formations libérales ou chrétiennes-démocrates, sociales-démocrates et socialistes, c’est ce même internationalisme qui a conduit le Pcf à soutenir, les guerres de libération (oui, les guerres de Libération comme celle qu’ont conduite les communistes du V.N. et de l’Indochine ou les nationalistes algériens ), les révolutions et mouvements anti-colonialistes partout où les peuples se sont heurté à la domination impérialiste, notamment, s’agissant de la France, je viens de le rappeler, au Viet-Nam, au Maghreb et en Algérie, en passant par Madagascar, l’Afrique et les territoires plus anciens, marqués par l’horreur de l’esclavage colonial.

 

Mais le plus significatif au regard des grands enjeux qui ont transformé le monde de notre temps au XXe siècle, fut sans doute l’engagement des communistes français et de leur parti, dans la lutte pour une  paix véritable, cela dès 1923 (l’occupation malencontreuse de la Ruhr, pourvoyeuse d’humiliation nationale dont profitera Hitler), puis à partir de 1930 avec le mouvement Amsterdam/Pleyel de Barbusse et Romain Roland, et enfin pour le désarmement nucléaire à partir de 1947 avec la vaste et victorieuse campagne de l’Appel de Stockholm » qui fut autant une défense de l’URSS sortie exsangue de la guerre qu’une entreprise d’exorcisation de l’arme atomique, vastes campagnes qui n’ont jamais signifié capitulation ou atermoiement devant le nazisme ou l’impérialisme. Les héritiers des capitulards munichois de 1938-1939, des sabreurs coloniaux et des adorateurs de la domination impérialiste seraient bien avisés de ne jamais oublier tout cela quand ils se permettent de se faire donneurs de leçons !

 

Quatre-vingt-dix ans après sa fondation, a travers les « trois moments d’implantation que décèle, non sans justesse Roger Martelli dans son dernier livre (L’empreinte communiste…) qui vient de paraître, le Pcf vit et agit. Il cherche la voie de son renforcement en sortant de la crise qui a mis à bas un grand nombre de PC issus de la matrice constituée à l’origine par la Troisième Internationale. Mais le Pcf n’existe pas pour lui-même et n’a pas cette ambition racornie, mais il ne peut exister que pour ce qu’il est capable d’engendrer en conformité avec l’essence de ce qu’il est : rassembler, sous une forme adéquate au moment considéré, les forces qui luttent contre le capital et les politiques qui le servent. C’est le cas avec le Front de gauche dont il a pris l’initiative en 2009.

 

Son autorité repose sur trois données précieuses et acquises qu’il s’agit de faire croître en tout état de cause :

 

1-sa visible représentation dans la vie publique, par sa presse, ses élus, ses animateurs investis dans la mouvement social, syndical, culturel, environnemental ;

 

2-ses propositions réfléchies et renouvelées pour réduire la contrainte exercée par le capital sur la vie des travailleurs et des quatre cinquièmes de la population, aider au rassemblement populaire international (le PGE) pour surmonter les effets de la crise du capitalisme financier qui maltraite les humains et faire naître l’aspiration à l’émancipation humaine dont la visée communiste est une composante essentielle ;  

 

2-l’incessante bataille idéologique, quoique encore bien trop insuffisante, qu’il dirige contre les préjugés, l’esprit de capitulation et les idées fausses, qui freinent le mouvement en avant de l’émancipation sociale des femmes et des hommes, en France et ailleurs.

 

En vérité, le Parti communiste est heureusement devenu une partie incontournable du patrimoine historique, culturel et idéologique de la France d’aujourd’hui. Il est une composante de la vie politique de ce pays et le restera. Mais, ne l’oublions pas : un patrimoine ne se préserve et n’enrichit un peuple et sa culture que s’il se développe au présent.