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Front de Gauche Nîmes

Lucien Sampaix

 

lucien-sampaixLe samedi 12 décembre 2009 une cérémonie a été  organisée à l'occasion de l'anniversaire de l'assassinat de Lucien Sampaix à la mairie du 10e arrondissement de Paris, réunissant des membres de sa famille, le maire d'arrondissement Rémi Féraud et des élu(e)s de Paris

texte intégral de l'intervention de Patrick Le Hyaric :

 

 

Samedi 12 décembre 2009

Hommage à Lucien Sampaix

Mairie du Xème arrondissement de Paris

Patrick Le Hyaric

 

Monsieur le Député, Monsieur le Maire,

Mesdames et messieurs les responsables d’associations

Messieurs les porte-drapeaux,

Cher Frédéric, cher Pierre Sampaix

Mesdames et messieurs les élus,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis, chers camarades,

 

Je me réjouis que nous puissions nous retrouver ici, ensemble ce matin, pour rendre hommage à Lucien Sampaix, ouvrier communiste, journaliste puis dirigeant de l’Humanité, traîné dans les tribunaux de cette affreuse section spéciale. Fusillé par les nazis à Caen, le 15 décembre 1941.

 

Le nom de Lucien Sampaix est familier à beaucoup d’entre nous. Il nomme un certain nombre de rues de notre pays et nous nous en réjouissons. Mais, il est peu connu, trop peu connu. Qui découvre ou connaît la vie de Lucien Sampaix mesure toute l’épaisseur d’un homme pétri de courage, de combativité et de droiture.

 

Cet ouvrier né dans les Ardennes, était en effet de ces hommes qui rayonnaient autour d’eux. Non pas parce qu’il cherchait à se mettre en valeur, il était la modestie incarnée, mais parce que la moindre de ses actions était guidée par le souci des autres, le rejet des injustices. Et cette attitude finissait par le faire remarquer, admirer même, y compris chez certains de ses adversaires.

 

 

Durant plus d’une dizaine d’années, Lucien Sampaix s’était imposé comme un défenseur des ouvriers et des petites gens de toute la région des Ardennes dont il connait la rude vie pour l’avoir partagée très jeune, dès l’âge de 12 ans, à peine sorti de l’école.

Il leur apporte son sens de l’organisation, son énergie, et surtout sa conviction que la dignité humaine est tout ce qu’il y a de plus précieux pour chaque homme et chaque femme.

 

Toute sa vie l’a montré, il ne séparait jamais son sort de celui de ses semblables. Il ne faut pas oublier Lucien Sampaix. Il faut parler de sa vie, exemplaire à bien des égards. De tous ses combats. De ce qu’il a du endurer avec courage, sans jamais trahir et de ce qu’il a semé aussi.

 

Et ses combats, dans la deuxième partie de sa trop courte vie se sont confondus avec ceux du journal fondé par Jean Jaurès.

 

Il entre à l’Humanité en 1932. Il vient de passer  9 mois en prison pour avoir défendu des marins poursuivis en justice, lesquels seront d’ailleurs finalement acquittés.  Journaliste, il l’était déjà. Il avait fondé « l’Exploité de Reims », hebdomadaire régional du jeune Parti communiste. Il en était le directeur, le rédacteur et le principal vendeur « à la criée ».

Déjà, il ne comptait pas ses heures.

 

Lui qui était le cinquième des 7 enfants d’un ouvrier tisseur, il étonnait déjà son maître d’école par sa soif d’apprendre, sa curiosité intellectuelle, ses bons résultats scolaires.

 

Et, toute sa vie a témoigné de cette volonté de se dépasser par son travail acharné, ses hautes qualités morales, sa volonté de fer. Quelques mois avant sa mort, en prison, il lisait les classiques. S’élever, oui.

 

Mais non pas contre les autres. Avec eux.

 

En cela, son attitude, ses comportements correspondaient exactement au sens profond du nom du journal de Jean Jaurès, devenu le sien : l’Humanité.

 

Et c’est ce journal l’Humanité, précisément, que Lucien Sampaix rejoint naturellement à sa sortie de prison en 1932 qui fut le cadre lui permettant de déployer toute la mesure de son talent et de son action.

 

Lucien fait d’abord l’apprentissage d’un grand quotidien. Il passe quelque temps à la rubrique des informations générales où il partage son bureau avec un certain « Louis Aragon », qui est lui, chargé des faits divers. Non loin de là travaille Gabriel Péri à la politique étrangère. Gabriel Péri, brillant intellectuel, Lucien Sampaix, ouvrier métallurgiste deviendront amis. Dans quel autre journal que « l’Humanité » leur destin aurait-il pu ainsi se croiser ? Un destin qui devait les sceller jusque dans la mort, tous deux tombés sous les balles nazies le même jour de décembre 1941.

 

Lucien Sampaix devient très vite journaliste, chargé de suivre les débats du Parlement. Il ne ménage pas sa peine.

 

Et Marcel Cachin, l’illustre directeur de l’Humanité, remarque sa capacité de travail, ses qualités d’écriture, son intelligence politique.

 

Il le nomme secrétaire général du journal. C’est une activité épuisante. Lucien finit rarement avant deux heures du matin.

 

Mais l’ambiance à l’Humanité est enthousiasmante. Le journal est alors installé au 38 rue Montmartre dans le vieux et bruyant quartier des imprimeries.

 

 

Il n’est pas rare de voir le soir Paul Vaillant-Couturier, rédacteur en chef, Gabriel Péri et Lucien Sampaix prendre leur repas ensemble dans un petit restaurant de Notre Dame des Victoires.

 

Pierre Camus qui fut rédacteur à l’Humanité rapporte ce témoignage : « C’était un véritable régal de les voir ensemble. Vaillant était un feu d’artifice pétillant d’esprit. Péri jouait les pince-sans-rire. Sampaix, lui, donnait la réplique avec cette sorte d’espièglerie qui le rendait si attachant. »

 

Le nom de Lucien Sampaix est resté lié à la grande campagne qu’il mena à partir de 1938 contre les agents et les complices des hitlériens sur le sol français.

 

Cette campagne allait parachever un grand nombre d’articles qu’il avait écrit auparavant dans les colonnes de l’Humanité contre le danger fasciste. Danger dont il fut un des plus ardents à en dénoncer la gravité.  On raconte ainsi que le soir du 6 février 1934, il entre blanc comme un linge dans le bureau de la rubrique internationale de l’Humanité. « …Je viens de la place de la Concorde, maintenant j’ai vu ce que c’est le fascisme. » dit-il.

 

Il venait de voir la bestialité déchainée, la fureur de destruction des éléments influencés par les ligues fascistes. L’Histoire va s’accélérer. La riposte ouvrière du 9 février 1934, la constitution du Front Populaire, ses conquêtes qu’il va vivre intensément. Mais, Sampaix ne relâche pas son action contre les ligues fascistes qui ne cessent de préparer leur revanche après leur échec de 1934, en accumulant les moyens les plus meurtriers.

 

Inlassablement, il dénonce leur manigance, le complot ourdi contre la République avec une fermeté et un talent qui sensibilisera l’opinion démocratique.

Il démontre l’étendue du complot des ligues,  la liaison étroite des fascistes « français » avec la gestapo, les complicités nouées avec la presse des trusts, avec certains officiers supérieurs, la haute administration et jusque dans les cabinets ministériels.

 

Il dénonce les agissements de l’ambassadeur nazi Otto Abetz. Ces campagnes eurent un grand retentissement en France et contribuèrent largement à dénoncer le danger fasciste pour la paix, la République et le progrès social.

 

Dans la lignée de Jean Jaurès, Lucien Sampaix fit honneur à l’Humanité. Honneur à la France.

 

D’autant que ses révélations font mouche et inquiètent le gouvernement Daladier, qui décide, en janvier 1939, de faire cesser la campagne de vérité menée par l’Humanité.

 

Un prétexte est trouvé : « Divulgation de renseignements relatifs à une enquête en cours. »

 

Ces mêmes renseignements furent publiés par d’autres journaux sans que ceux-ci soient inquiétés.

 

Mais c’est Sampaix qu’on veut atteindre en le poursuivant en justice.

 

L’émotion est considérable. De nombreuses lettres arrivent au journal en soutien à Lucien. Des délégations, des listes de pétition affluent, composées et signées par des personnes de toute opinion philosophique et politique.

 

 

 

A travers Lucien Sampaix, c’est la République qui est bafouée, la liberté de la presse foulée aux pieds. Ces attaques indignes préfigureront les heures noires qui surviendront très vite après le procès.

 

Celui-ci a lieu le 28 juillet 1939 devant la 12ème chambre correctionnelle de la Seine. Témoigneront à la barre Louis Aragon, Marcel Cachin, Gabriel Péri mais aussi d’autres personnalités comme Gabriel Cudenet, journaliste et figure du parti radical socialiste, Lucien Bossoutrot, célèbre aviateur, député radical qui déclare connaître Lucien Sampaix comme adversaire politique, « un adversaire ardent, mais, toujours extrêmement loyal. ». Gabriel Péri, affirme avec force sa solidarité et celle de son journal avec Sampaix : « Qu’il soit bien entendu que la campagne de Lucien Sampaix est la campagne collective de l’Humanité » déclare-t-il au procès. Le mouvement d’opinion est tel que l’accusation est mise en échec et Lucien acquitté. C’est une victoire politique. Mais elle est de courte durée.

 

Le 26 août, à la suite du pacte germano-soviétique, l’Humanité est décrétée d’interdiction. Le 1er septembre, Hitler attaque la Pologne et deux jours plus tard, la guerre est déclarée. Le 26 septembre, le gouvernement de Daladier décide la dissolution du Parti communiste.

 

Une période de répression s’abat sur les militants et élus communistes, les militants, les élus. Plus de 6000 d’entre eux seront pourchassés, conduits dans des camps. Les traitres à la patrie qu’avaient dénoncés Sampaix sortent du bois et commencent leur sale besogne. Sampaix lui-même est arrêté, pris dans une rafle au mois de décembre 1939, alors qu’il travaillait à la reparution clandestine de l’Humanité.

Sous son impulsion, seize numéros de l’Humanité paraîtront, petites feuilles fabriquées avec des moyens de fortune, qui seront accueillies avec ferveur et émotion par les lecteurs.

 

On connaît la suite. Tragique ! Sampaix s’évade, puis est arrêté une nouvelle fois à Paris. Jugé par la « Section Spéciale » qui sera découverte bien des années plus tard avec stupeur et indignation par des millions de téléspectateurs des dossiers de l’écran. On connaissait mal en effet cette section, composée de juges français aux ordres de la gestapo, qui s’appuie sur des lois scélérates, comme le décret Serol du 5 avril 1940, qui avant même la capitulation devant Hitler, visaient les communistes en permettant de les condamner à la peine de mort.

 

Cette fois encore, ils ne parviendront pas à abattre Sampaix. Ses juges « n’oseront pas la peine capitale » reculant, comme impressionnés par le sang froid, le courage et la personnalité de Lucien Sampaix. Il faudra les nazis, 6 mois plus tard pour le faire tomber dans la prison de Caen avec 12 autres de ses camarades.

 

Contribuer à faire connaître Lucien Sampaix, cet homme véritable,  relève aujourd’hui d’une action extrêmement contemporaine pour la conscience humaine.

 

Un combat pour lequel Lucien Sampaix a donné sa vie avec des milliers d’autres. Un combat livré au plus haut point par le journal l’Humanité qui a payé un lourd tribut à la lutte contre la barbarie nazie : quatorze de ses salariés sont morts fusillés ou en déportation : Gabriel Péri, Pierre Lacan, Robert Blache, Henry Terryn, René Lepage, Léa Maury, André Chennevières, Victor Messer, Henri Vincent.

 

 

Permettez-moi pour terminer de citer les mots d’une autre grande figure de l’Humanité à propos de Lucien Sampaix, André Wurmser, des mots chaleureux qui nous font mieux mesurer cette discrétion du personnage, qui a contribué pour une part à le laisser éloigné des efforts de mémoire : « Je ferme les yeux et je le revois. Avec Gabriel Péri. Je n’ai presque jamais vu l’un sans l’autre. J’ai appris depuis à mon plus cher profit, que la fraternité qui les liait était le bien le plus précieux. Je revois son sourire modeste. Plus que modeste : timide. Il écoutait plus qu’il ne parlait. Tel que quelques années plus tôt : ouvrier, militant du Parti communiste, journaliste, d’un talent qu’il n’a jamais monnayé. »

 

Je vous remercie.

 

 


 

 

grologo


Idées - Tribune libre - Histoire -
Article paru le 23 décembre 2009

Histoire 15 décembre 1941

Lucien Sampaix Figure d’Humanité

Alexandre Couban historien, président de Mémoires d’humanité


Secrétaire général de l’Humanité fusillé par les nazis, il fut de toutes les luttes pour
la justice sociale et la liberté. Un hommage 
lui a été rendu le 12 décembre dernier à la mairie du 10e arrondissement de Paris.


Évoquer la figure de Lucien Sampaix, ancien journaliste à l’Humanité fusillé le 15 décembre 1941 à Caen à l’âge de quarante-deux ans, oblige à rappeler – en guise d’introduction – combien sont nombreux les employés de l’Humanité à avoir « payé » pour leur engagement.

Commençons par Jean Jaurès, assassiné à la veille de la Première Guerre mondiale, rappelons-nous de Daniel Féry, mort le 9 février 1962 à la station de métro Charonne pour avoir manifesté contre la guerre d’Algérie.

Cinquième enfant d’une famille qui en compte sept, Lucien Sampaix est né le 13 mai 1899 à Sedan (Ardennes). Sa mère travaille comme femme de ménage. Son père est ouvrier dans une filature. Syndiqué, il compte parmi les rares lecteurs de l’Humanité du département.

En 1911, Lucien Sampaix est apprenti dans une usine de la métallurgie. Trois ans plus tard, la Première Guerre mondiale éclate. À l’image de neuf autres départements du nord et de l’est de la France, les Ardennes sont occupées par l’armée allemande, provoquant l’exode de plus d’un million de personnes.

Lucien Sampaix se réfugie d’abord dans la Marne, puis il part pour Rouen où il travaille dans une brasserie. Quelques mois avant la fin du conflit, il est incorporé dans un service infirmier à Metz. Démobilisé, Lucien Sampaix retourne à Sedan en 1921. Embauché comme ajusteur-mécanicien, il se syndique puis adhère au Parti communiste.

Rapidement, il cumule plusieurs responsabilités. Il devient secrétaire du syndicat local des métaux et secrétaire du rayon communiste de Sedan. En 1925, Lucien Sampaix manifeste son opposition à la guerre du Rif (Maroc) qui oppose les rebelles marocains emmenés par Abdelkrim aux troupes espagnoles puis françaises à la tête desquelles Franco et Pétain s’illustreront.

Par ailleurs, il anime de nombreuses réunions, organise de multiples grèves et collabore activement au journal communiste régional. Progressivement, il incarne le communisme dans les Ardennes. À tel point que dans les colonnes du périodique socialiste local, on ne parle plus des communistes mais des « Sampaix »  ! Conséquence de son militantisme, Lucien Sampaix est régulièrement licencié.

En retour, il est promu secrétaire de la région Nord-Est (Aisne, Marne, Ardennes). Quelques mois après sa nomination, un bilan positif de son action est dressé. En l’espace d’un an, le nombre d’adhérents est multiplié par cinq et le tirage du journal régional augmente de 40 %. On loue également sa grande disponibilité. Mais tout le monde a conscience que la situation est précaire.

Condamné à six mois de prison pour « provocation de militaires à la désobéissance », il est susceptible à tout moment d’être emprisonné. Arrêté à la fin de l’année 1931, Lucien Sampaix est incarcéré pendant neuf mois et ne recouvre la liberté qu’à la faveur de l’amnistie présidentielle qui suit l’élection de mai 1932.

Ultime manifestation de sa présence dans les Ardennes, Lucien Sampaix – emprisonné – est candidat aux élections législatives en 1932 et obtient 16,43 % des suffrages exprimés, score plus qu’honorable au regard du résultat national du Parti communiste (8,4 %).

En août 1932, Lucien Sampaix rejoint la rédaction de l’Humanité et intègre la rubrique des informations. Ce recrutement s’inscrit dans la volonté de promouvoir des journalistes d’origine ouvrière. Chargé de suivre l’actualité politique, Lucien Sampaix s’intéresse rapidement à l’activité de l’extrême droite. Il signe un premier reportage sur le sujet au printemps 1935.

En parallèle, il est candidat aux législatives de 1936 dans le 10e arrondissement de Paris. Devancé par le candidat radical-socialiste, il se désiste au second tour. Par douze voix d’avance, la gauche l’emporte. En France, le Front populaire triomphe. Pour la première fois, un socialiste – Léon Blum – préside le gouvernement.

Au lendemain de la victoire du Front populaire, Lucien Sampaix est nommé secrétaire général de l’Humanité à l’occasion d’un vaste remaniement de la direction. Indépendamment, il continue son travail de journaliste, s’employant à dénoncer l’activité des organisations d’extrême droite « aux ordres du grand patronat et des ennemis du pays ».

Poursuivi pour avoir enfreint la loi dans l’un de ces articles, il est acquitté le 28 juillet 1939. Un mois plus tard, l’Allemagne et l’URSS signent un pacte de non-agression. Immédiatement, la presse communiste est suspendue puis interdite. La France entre en guerre.

Mobilisé, Lucien Sampaix est affecté dans une usine, mais le directeur refuse de le prendre. Le 26 septembre 1939, le Parti communiste est interdit. Entre-temps, Moscou et Berlin se sont partagé la Pologne.

Hors-la-loi, Lucien Sampaix participe à l’édition clandestine de l’Humanité jusqu’à son arrestation en décembre 1939.

Le 25 décembre 1940, il s’évade et se réfugie à Paris chez un ancien ouvrier de l’imprimerie de l’Humanité. Trois mois plus tard, il est arrêté à la suite d’une perquisition opérée chez le militant qui l’héberge.

Fin août 1941, Lucien Sampaix est traduit devant la section spéciale auprès de la cour d’appel de Paris. Contre toute attente, il n’est pas condamné à mort, mais aux travaux forcés à perpétuité.

Mi-septembre 1941, il est transféré à la prison centrale de Beaulieu. Le 15 décembre 1941, Lucien Sampaix est fusillé à Caen.

Au total, quatre-vingt-quinze otages sont exécutés ce jour-là par les Allemands, dont Gabriel Péri au Mont-Valérien.


À la Libération, de nombreux hommages leur seront conjointement rendus.