Article paru
le 21 décembre 2009
Les exonérations de cotisations de Sécurité sociale ont atteint 30,7 milliards d’euros en 2008, l’équivalent du déficit de la Sécu, selon des chiffres publiés aujourd’hui par l’Acoss.
Les exonérations de cotisations de Sécurité sociale, qui bénéficient principalement aux employeurs, ont encore augmenté en 2008 : elles atteignent 30,7
milliards d’euros, environ autant que le déficit record prévu pour la Sécu en 2010, selon des chiffres publiés aujourd’hui par l’Acoss, l’organisme qui chapeaute les Urssaf, chargées de la
collecte des cotisations sociales. Ces exonérations se traduisent par un manque à gagner pour la Sécurité sociale : alors que l’État est censé les prendre en charge, via des impôts et
taxes affectés aux régimes de Sécurité sociale, ces exonérations ne sont pas compensées à 100 %. Ainsi, en 2008, l’État a versé environ 92 % de son dû à l’Acoss. Manquent donc à
l’appel 260 millions d’euros.
Le montant des exonérations de cotisations sociales ne cesse d’augmenter depuis les années 1990 et a plus que doublé entre 1999 et 2007. En 2008, il a augmenté
de 13,1 % (après +13,5 % en 2007, + 13,6 % en 2006, + 4,6 % en 2005). Elles sont nombreuses et variées : ainsi, l’employeur est exonéré de cotisations
patronales de Sécurité sociale sur les bas salaires, de manière dégressive jusqu’à 1,6 smic. Depuis juillet 2007, l’exonération est totale au niveau du smic pour les entreprises de moins de
20 salariés, ce qui représente 28,1 points de cotisation. Dans les autres entreprises, l’exonération s’élève à 26 points au niveau du smic, sans compter l’aide à l’embauche de
14 % au niveau du smic introduite en 2008 (baptisé dispositif « zéro charges »). Les syndicats accusent ces allégements généraux de créer des « trappes à bas
salaires ». De fait, une étude de la Dares de 2008 révèle que le barème de ces allégements ralentit la mobilité salariale des travailleurs à bas salaire présents dans l’entreprise depuis
au moins trois ans. Au fil des ans, la liste des exonérations s’est allongée : sur l’apprentissage, l’emploi à domicile, les contrats aidés, les zones franches urbaines, le dispositif
sur les heures supplémentaires introduit par la loi Tepa en 2007, et sur le rachat des jours RTT en 2008. En 2008, les exonérations ont représenté 21,3 % des cotisations patronales du
secteur privé, selon l’Acoss, et, sur les 30,7 milliards d’euros d’exonérations, 28,5 milliards ont bénéficié aux entreprises. L’évolution globale de 13,1 % des cotisations
exonérées en 2008 s’explique « principalement », note l’Acoss, par la montée en charge des exonérations relatives aux heures supplémentaires (2,8 millards d’euros) et au rachat
de jours RTT (73 millions d’euros). De plus, le dispositif « Fillon » (21,4 milliards d’euros) est « resté dynamique » en 2008, selon l’Acoss.
En juillet, l’Élysée avait accepté le principe de débattre « sans tabou » de ces allégements de cotisations patronales, sévèrement critiqués par la
Cour des comptes en août 2006, sceptique sur leurs effets sur l’emploi, et dont les syndicats réclament qu’ils soient assortis de contreparties. Mais le gouvernement s’est empressé de mettre
en avant le chiffre de 800 000 emplois qui seraient détruits si l’on supprimait tous ces allégements, une estimation contestée du Conseil d’orientation pour l’emploi. Dans un rapport
récent, le Conseil des prélèvements obligatoires a reproché aux allégements de ne pas être assez ciblés sur les « enjeux de compétitivité », et de ne pas assez bénéficier aux
entreprises les plus exposées à la concurrence. À partir de 2010, les entreprises n’ouvrant pas la négociation salariale annuelle, en principe obligatoire, s’exposent à une réduction de
10 % de leurs exonérations. Mais la loi ne les oblige pas à conclure la négociation.
Lucy Bateman