

Triste anniversaire. Il y a cinq ans, le 13 mars 2005, Salah Hamouri était injustement emprisonné par l’occupant israélien.
Le jeune franco-palestinien Salah Hamaury n’avait pas vingt ans quand il a été emprisonné, il y a tout juste cinq ans, par les troupes d’occupation israéliennes. Nicolas Sarkozy, d’habitude
tonitruant, qui affirme vouloir défendre tous les Français emprisonnés dans le monde, est soudain silencieux. Un silence d’autant plus assourdissant qu’il ne manque jamais une occasion de
rappeler le cas de Gilad Shalit, soldat franco-israélien. Salah est franco-palestinien. Est-ce pour cela qu’il ne faudrait pas gêner Tel-Aviv ? Trois personnalités s’expriment ici. Des
milliers de personnes demandent la libération de Salah. Il faut amplifier le combat.
« Une condamnation qui ne vaut rien aux yeux du droit international »
Jean-Claude Lefort, président de l’AFPS, coordinateur du comité de soutien à Salah Hamouri.
Salah Hamouri doit être libéré. C’est une évidence de justice et de démocratie. Sa condamnation par un tribunal d’occupation ne vaut rien aux yeux du droit international. Salah Hamouri est un
Français, comme le prouve son passeport. Je me félicite de voir que les initiatives se multiplient en France pour obtenir sa libération. Avec le matériel que nous avons édité, ce sont plus de
150 000 personnes qui ont maintenant les moyens d’agir. Le président de la République doit recevoir la famille de Salah, comme il l’a fait pour tous les autres Français détenus dans le
monde et comme il l’a fait pour les parents du soldat franco-israélien Gilad Shalit. J’ai d’ailleurs saisi la Halde à ce propos, Salah étant victime d’une double discrimination. Je serai en
avril au Proche-Orient et j’espère pouvoir rencontrer Salah Hamouri pour lui témoigner notre solidarité et lui faire part du combat qui est mené en France.
« On ne peut pas dire que la diplomatie française n’a rien fait, mais… »
Michel Voisin, député UMP de l’Ain.
Malgré tous les efforts que nous avons pu déployer avec Jean-Claude Lefort, nous n’avons toujours rien obtenu. On me répond constamment « On fait, on s’en occupe, on fait le
nécessaire », mais… Je crois que la difficulté tient à ce qu’il s’agit d’une peine qui a été prononcée par un tribunal militaire. Dans le département de l’Ain nous avons un comité de
soutien qui est important, très large politiquement. Denise, la mère de Salah, est originaire de Bourg-en-Bresse. On ne peut pas dire que la diplomatie française n’a rien fait, mais obtenir
quelque chose de la part d’Israël, c’est difficile. Je suis intervenu auprès du président de la République plusieurs fois pour qu’il reçoive Denise Hamouri. Je ne sais pas pourquoi cela n’a pas
été fait. Il reste à Salah deux ans à faire. Ce sont les plus belles années de sa jeunesse qu’on lui a prises. Pour des raisons fort discutables et non prouvées.
« La loi du suspect »
Rony Braumann, ex-président de Médecins sans frontières.
On peut constater avec la condamnation de Salah Hamouri que la justice expéditive, c’est-à-dire une justice de guerre, existe en Israël. On condamne sur le registre de ce qu’on appelait après
la révolution la loi du suspect. Il suffit d’être plausiblement associé à une action criminelle pour devenir un criminel. C’est un scandale, qui plus est dans un pays qui se réclame de
principes démocratiques. Il est indispensable de mener campagne pour la libération de Salah Hamouri. Ce devrait être un enjeu. Symboliquement, notamment pour les Français, puisque Salah est un
citoyen français, cela représente un enjeu extrêmement fort, au-delà du fait que c’est un cauchemar, pour quelqu’un qui est à l’évidence innocent, d’être enfermé. C’est bien parce qu’il est
d’origine palestinienne que le simple fait de passer devant le domicile du rabbin Ovadia Yossef l’a conduit en prison. C’est un enjeu qui devrait être l’objet d’une campagne beaucoup plus
intense que ce à quoi on assiste en ce moment.
Propos recueillis par Pierre Barbancey
Salah Hamouri. « Cinq ans de trop ! »
Par Patrick Le Hyaric, Directeur de l’Humanité.
Hasard ou concordance de temps ?
Le Parlement européen votait hier
une résolution en faveur de la libération du soldat Shalit. Son père a été reçu au Parlement européen et a pu
s’exprimer devant des parlementaires, des délégations, chargées l’une des relations
avec le Parlement israélien, l’autre des relations
avec le Conseil législatif palestinien. Il est venu
s’exprimer en père et unanimement les députés ont souhaité la fin du calvaire que vit son fils, qui a été capturé comme militaire par le Hamas dans le territoire de Gaza.
Tous nous avons demandé que la proposition portée
par le gouvernement allemand, consistant à libérer
dans le même temps mille prisonniers palestiniens, puisse être mise en application dans
les meilleurs délais.
Il ne peut y avoir deux poids deux mesures.
Voilà cinq ans jour pour jour que notre compatriote
Salah Hamouri croupit dans une prison israélienne.
Il l’est sur la base d’une fausse
accusation,
d’une machination l’assimilant, comme toujours dans pareil cas, à un terroriste, sans l’ombre d’une preuve.
Il a été contraint de plaider coupable pour ne pas écoper de quatorze
ans de prison. Le monde entier vérifie maintenant depuis des semaines les bonnes manières des dirigeants Israéliens.
Ils n’hésitent pas à commettre des assassinats contre des responsables
palestiniens dans d’autres pays
avec des agents très spéciaux utilisant des passeports
de pays étrangers, notamment européens. Ils traitent avec le plus grand mépris le rapport du juge
Goldstone, pourtant voté par la Commission des droits de l’homme des Nations unies, et soutenu cette semaine par
une bonne majorité du Parlement européen.
Contre toutes les condamnations, ils
poursuivent
la destruction bestiale de maisons à Jérusalem-Est
et l’inadmissible colonisation-militarisation sur
les territoires de la Palestine. Comment dans
ces conditions continuer à
accorder la moindre confiance aux services et à la justice du gouvernement israélien
qui a jeté ainsi Salah Hamouri en prison depuis cinq ans ? Cinq ans de trop ! Le Hamas
doit absolument redonner sa liberté au soldat Shalit. La prise d’otage
ne peut constituer une méthode de combat politique. Mais les autorités israéliennes ont la responsabilité
de libérer
sans délai et sans condition le jeune Franco-Palestinien Salah Hamouri.
Que ses parents puissent être aussi entendus,
comme l’a été le père du soldat Shalit par les Parlements français et européen, qu’une résolution soit votée
en sa faveur, que le président de la
République française reçoive Mme Denise Hamouri, comme elle en a fait plusieurs fois la demande. Qu’il se mobilise, comme
il le fait pour d’autres otages, pour obtenir sa libération. De
fait, Salah est le seul prisonnier politique
français détenu dans une prison étrangère.
Les autorités françaises peuvent-elles continuer
à le tolérer ?
La vraie justice doit être rendue. Cinq ans ça suffit ! Libérez Salah Hamouri.